
Peuples originaires · Terre de Feu
Selk’nam
Chasseurs du bout du monde, gardiens du Hain
Chasseurs de guanacos, dépositaires de rites secrets et d’une mythologie foisonnante, les Selk’nam ont vécu des millénaires sur la Grande Île de Terre de Feu avant d’être presque anéantis à la fin du XIXe siècle. Voici leur histoire.
Les navigateurs et la Terre de Feu
Il y a très longtemps, en 1520, des hommes qui vivaient sur une grande île de l’Atlantique, dans l’une des zones les plus froides de la planète, virent passer des navires comme ils n’en avaient jamais vu. À bord, de grands bâtons dressés hauts comme des arbres qui soutenaient ce qui paraissait être de grandes peaux blanches gonflées par le vent. Un peu nerveux, un peu curieux, les hommes de l’île s’enfoncèrent dans leurs manteaux de peau, serrèrent leurs arcs et leurs flèches dans leurs mains et regardèrent les navires se perdre à l’horizon. Dans la nuit, ils pouvaient apercevoir au loin briller la lumière des foyers agités par le vent, ils devinaient les femmes s’affairant à cuisiner et les autres se réchauffant à la chaleur des flammes. C’est comme cela que l’équipage des navires, explorant des contrées inconnues se rendit compte que sur cette terre vivaient des êtres humains. Et comme ils mettaient des noms à tous les lieux qu’ils rencontraient lors de cette exploration loin de leur terre natale, il leur parut logique d’appeler cette île « Terre de Feu ».
Les hommes et les femmes qui peuplaient cette île étaient les Selk’Nam ; les voyageurs que transportaient les navires étaient des Espagnols sous le commandement de Fernando de Magallanes, lesquels étaient sur le point d’atteindre le Pacifique et de boucler pour la première fois de l’histoire le tour du monde.
Selk’Nams, chasseurs-cueilleurs
Les Selk’Nam, descendants des peuples Tehuelches du Nord, vivaient sur la grande île de Terre de Feu. Piètres navigateurs et très mauvais nageurs, on a encore du mal à expliquer comment ils ont pu traverser le canal de Magellan.
Soumis à un climat particulièrement inhospitalier, les Selk’Nams se sont adaptés aux longs hivers froids et humides du sud de la Patagonie et ont appris à profiter au maximum des frais et succincts étés australes.
Ils étaient des chasseurs cueilleurs terrestres, leur principale proie était le guanaco, chassé à l’arc et uniquement par les hommes.
Sur les côtes, ils chassaient quelques mammifères, principalement des phoques, dont ils utilisaient la graisse pour s’enduire la peau et cueillaient des mollusques dont on retrouve les coquilles entassées en cercle autour des anciennes huttes. Leur seul vêtement était une peau de renard ou de guanaco.
Pour se protéger du froid et de l’humidité, ils s’enduisaient le corps de graisse et d’argile. Avec les argiles, ils dessinaient sur leurs corps des motifs colorés exprimant leurs humeurs.


Hain : cérémonie de passage à l’âge adulte
Pour la cérémonie de l’Hain, ils se peignaient entièrement le corps en se couvrant la tête de masques allongés. Cette importante fête religieuse permettait aux jeunes, appelés Kloketens, de passer à l’âge adulte.
Après plusieurs mois d’enseignement, les adolescents passaient leurs ultimes épreuves lors de l’Haïn. S’ils étaient reçus, ils pouvaient recevoir le secret des chamanes pour devenir des hommes.
La légende : secret du passage…
On raconte qu’il y a très très longtemps, les femmes se jouaient des hommes grâce à un grand mensonge. De temps en temps, elles entraient toutes dans une grande hutte qu’elles avaient fabriquée elles-mêmes, se déguisaient avec des peintures et des masques, et sortaient de la hutte en se faisant passer pour des esprits, criant et effrayant les hommes.
Elles leur disaient qu’ils devaient apporter beaucoup de nourriture, sinon elles tueraient les femmes qui étaient enfermées dans la grande hutte. Pour protéger leurs femmes, les hommes chassaient et cueillaient sans discontinuer pour laisser la nourriture devant la porte de la hutte des esprits. Pendant ce temps les femmes mangeaient et se reposaient en discutant et en riant.
Un jour, le Soleil (qui en ces temps-là était un homme), découvrit au bord d’une rivière deux femmes se lavant les peintures dans l’eau et se riant des hommes qui chassaient et cueillaient toute la journée effrayés par les esprits. Il raconta aux autres hommes ce qu’il avait vu et écouté à la rivière et furieux, ils décidèrent de se venger. Ils réunirent bâtons, arcs et flèches et se dirigèrent vers la hutte des femmes qu’ils attaquèrent sans pitié. Celles qui réussirent à s’échapper se transformèrent en animaux. La Lune (femme du Soleil) sortit en courant et s’élança vers le ciel poursuivie par son mari. Ils coururent encore sans arriver à s’attraper.
Seules les jeunes filles, encore innocentes et ne connaissant pas le secret des femmes furent épargnées. Depuis ce jour, ce furent les hommes qui utilisèrent les masques et les peintures pour se déguiser comme des esprits : ainsi fut la première cérémonie de l’Haïn où les hommes devinrent adultes.
L’extermination des Selk’Nams
De 1600 à 1879 les Selk’Nam vivent pratiquement sans contact avec l’homme blanc. La population est estimée à 5000 individus. L’impact de la colonisation commence à la fin du XIXe siècle, produit de rumeurs d’or dans les rivières de Patagonie et du développement massif de l’élevage ovin sur l’île de Terre de Feu. L’introduction de maladies infectieuses, la déportation massive et l’éradication des peuples autochtones par les colons finirent par détruire ces groupes ethniques.
En 1966, il restait 13 individus d’origine Selk’Nam, la majorité métisse. En mai 1974 est décédée Angela Loij, la dernière Selk’Nam, qui avant de mourir travailla intensément avec l’anthropologue française Anne Chapman dans la reconstitution de l’histoire et de la culture de son peuple.
